Motion capture : en chair et en pixels

Publié le par Heavy Rain - blog

http://images.telerama.fr/medias/2010/06/media_57147/en-chair-et-en-pixels,M39059.jpgLe métier de comédien mène à tout. Y compris à être scanné et modélisé pour composer les personnages de jeux vidéo sophistiqués, tel "Heavy Rain". Le jeu vidéo en "motion capture" est-il en train de dessiner une nouvelle frontière pour le vivant ? C'est le sujet d'un très bon article du dossier que Télérama.fr a consacré à l'innovation :



Champagne, tapis rouge, robes longues, vigiles à oreillettes, haie d'honneur : le lancement de Heavy Rain dans un grand cinéma des Champs-Elysées, en février, avait tout d'une première. Devant un public choisi, où l'on remarquait Terry Gilliam, Mathieu Kassovitz ou Jan Kounen, les premiers rôles montaient sur scène sous les flashs. On se serait cru à Cannes, à un détail près : Heavy Rain n'est pas un film, mais un jeu vidéo. Depuis trois ou quatre ans, l'univers des consoles emploie de plus en plus de « vrais » acteurs. Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas encore trouvé mieux que l'humain pour figurer l'humain. Les personnages dessinés et créés en 3D gardent toujours quelque chose d'artificiel, de raide, d'« animé ». Et les voix humaines qu'on leur prête accentuent souvent ce décalage : difficile de prendre au sérieux un clone digital avec des intonations shakespeariennes ! Des jeux d'action très spectaculaires comme Heavenly Sword ou God of War 3 ont préféré faire appel à des acteurs : outre les cascades et les bagarres, la démarche et les moindres mouvements du corps y gagnent en réalisme. Dans un jeu à forte teneur émotionnelle comme Heavy Rain, où les regards, les expressions du visage et les dialogues ont un rôle essentiel, le recours aux acteurs s'imposait : « L'empathie, c'est la nouvelle frontière du jeu vidéo, explique David Cage, le réalisateur de ce thriller interactif. Pour créer de l'émotion chez le joueur, il faut qu'il puisse s'attacher, voire s'identifier, aux personnages. Et cela fonctionne mieux s'ils ont en eux quelque chose qui nous ressemble, une étincelle d'humanité. »

Pour saisir cette étincelle sur le vif, la mocap ou « motion capture » : développée au cinéma, notamment dans Le Seigneur des anneaux, King Kong et par James Cameron dans Avatar, ce procédé repose sur la captation des mouvements du corps et du visage. Couverts de capteurs et filmés par plusieurs dizaines de caméras, les acteurs sont entièrement « scannés » et « remodélisés » sur écran d'ordinateur. Si le rendu est étonnant de précision (la moindre fossette, la plus petite ride apparaissent à l'image), il permet aussi toutes les manipulations. Surtout dans l'univers vidéoludique, où, par souci d'économie, le même acteur incarne souvent plusieurs personnages. Comme un Playmobil grandeur nature, il suffit au programmeur de lui changer de tête ! Ici, tout le monde est sur le pont, les comédiens cèdent leur droit à l'image et sont priés de museler leurs ego.

Jacqui Ainsley, qui joue le rôle de Madison dans Heavy Rain, longiligne Anglaise à la crinière blonde, s'est découverte brune aux cheveux courts dans le jeu vidéo. « On m'a expliqué qu'animer chacune de mes mèches aurait représenté des centaines d'heures de travail ! C'est pour cela que dans les jeux les héroïnes ont souvent les cheveux attachés. » Sa voix aussi a été changée. Son accent londonien ne cadrait pas avec son personnage originaire de l'est des Etats-Unis ; pour que l'illusion soit parfaite, une actrice américaine a dû la doubler. « C'est une impression étrange, c'est moi et ce n'est pas moi que je vois à l'image. Il y a beaucoup d'intermédiaires, je ne suis qu'un chaînon dans une équipe : la postproduction est énorme. En tant qu'actrice, j'amène une base, un physique, des expressions, sur lesquels les animateurs et les graphistes vont travailler. Madison est le fruit de cette rencontre, un personnage hybride et composite. »

 

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Si les cachets des acteurs sont équivalents,  voire plus importants, dans le jeu vidéo que dans le cinéma, les journées de travail sont autrement plus remplies. Sans impératifs de lumière, de costumes, de maquillage, les tournages en mocap fonctionnent en flux tendu. Dans Terminator 3, Vincent Haquin, qui tenait le rôle-titre, se souvient d'avoir enchaîné 123 séquences en une journée ! Un défi physique qui ne déplaît pas à ce comédien, cascadeur, catcheur et éleveur de chevaux. Pour ce gaillard hors normes qui a joué dans Heavenly Sword, Highlander, T3 et Heavy Rain, les jeux vidéo sont du pain bénit. Plus proches des block­busters que du cinéma d'auteur français, les superproductions vidéoludiques sont inconcevables sans une bonne dose de bagarres et de poursuites en tout genre. « Le temps où les cinéastes allaient chercher chez les lutteurs et les catcheurs des méchants crédibles, capables de se battre et de faire des chutes eux-mêmes, comme Lino Ventura ou Jean Constantin, est hélas passé. Les jeux vidéo, eux, n'ont pas oublié que le héros n'est remarquable que si le méchant l'est aussi. »

Pour les acteurs, tourner en mocap n'a rien d'une promenade de santé. Moulés dans des combinaisons noires constellées de petites boules fluorescentes, ils évoluent dans un studio grand comme un terrain de basket, sans le moindre décor. Juste des marques de couleur au sol censées figurer des meubles, des portes, des fenêtres. Pour apprendre à s'y déplacer, ils ne disposent que d'un dessin et des indications du réalisateur. Il faut de gros efforts d'imagination pour se sentir l'âme d'une vestale ou d'un guerrier, lorsqu'on est habillé en homme grenouille et qu'en guise d'épée on brandit un vague cintre métallique... « Parfois on se sent un peu con, mais cela reste infiniment plus confortable que de jouer en corset ou avec une perruque, témoigne Aurélie Bancilhon, qui incarne Lauren dans Heavy Rain. Pour le reste, ce n'est pas très différent de ce que l'on fait au théâtre, où les décors sont souvent symboliques. Le plus compliqué, c'est de jouer seule, notamment les scènes d'émotion. » La motion capture impose en effet de filmer les visages et les corps séparément. Pour la même scène, deux prises indépendantes peuvent être tournées parfois à plusieurs semaines d'intervalle. Si, pour les mouvements de corps, les acteurs doivent jouer ensemble, les plans du visage et l'enregistrement de la voix, bien plus nombreux, se déroulent en solo. D'où une certaine impression de solitude : les acteurs se rencontrent peu ou pas sur le tournage.

Le jeu vidéo, nouvelle frontière pour le vivant ? Pourquoi pas ? Le succès de God of War 3 et de Heavy Rain (plus d'un million d'exemplaires vendus chacun), deux superproductions qui ont mis les comédiens au centre de leur dispositif, devrait rapidement susciter des vocations. Et la création toute récente de l'Imaginarium, un studio anglais entièrement consacré à la motion capture, dirigé par Andy Serkis, le Gollum du Seigneur des anneaux, laisse penser qu'il y a là un véritable marché. « Cela pourrait très bien devenir une mode chez les acteurs, estime Aurélie Bancilhon, il suffirait d'une star pour la lancer. » Tout dépendra sans doute des scénarios proposés et de l'envie déjà exprimée par certains réalisateurs « gamers », comme Mathieu Kassovitz, de tenter l'aventure.

Source : telerama.fr

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KevFB 21/06/2010 11:46



Merci beaucoup.


C'est toujours sympa de voir la comparaison entre les acteurs et leurs doubles virtuels, autres que les personnages principaux. La ressemblance entre Pete Thias et Troy est frappante!