Mathieu Kassovitz : "le jeu vidéo est le renouveau du cinéma"

Publié le par Heavy Rain - blog

http://tempsreel.nouvelobs.com/file/824002.jpgQue ce soit à l'avant-première d'Heavy Rain ou dans le making-of du jeu, récemment nous avons beaucoup vu Mathieu Kassovitz. Pas étonnant, sachant qu'il s'intéresse de près aux jeux vidéo depuis fort longtemps. C'est ce que nous découvrons grâce à cet article  publié par le NOUVELOBS.COM le 30 janvier dernier.


Le réalisateur projette de se lancer dans le jeu vidéo. A 42 ans, il souhaite "mélanger l'action du jeu vidéo avec l'émotion du cinéma" pour créer "une nouvelle expérience".


Réalisateur reconnu avec La Haine, acteur célébré dans Amen de Costa Gavras, Mathieu Kassovitz ne se passionne pas que pour la caméra. A 42 ans, le cinéaste envisage aujourd'hui de s'ouvrir de nouveaux horizons via sa seconde passion : le jeu vidéo.
Ses yeux marrons s'écarquillent à l'évocation de ses souvenirs de joueur. Comme beaucoup de la génération 80, il est tombé dans les salles d'arcade quand il était petit. "J'avais 15 ans et Pac-Man en bas de chez moi", résume-t-il simplement. "Je séchais les cours pour aller jouer. J'aimais le challenge, amener Pac-Man le plus loin possible avec 5 francs, et voir mon nom sur le tableau des scores", raconte-t-il.
Mathieu Kassovitz s'enflamme en racontant ses heures passées à programmer Pong sur son antique Sinclair ZX81.
Un peu geek Mathieu Kassovitz ? "Complètement geek", répond-t-il son iPhone "jail-breaké" à la main. "J'adore les vieux trucs. Je viens de racheter une table d'arcade de 1982 avec des commandes de chaque côté... c'est vraiment incroyable", explique le passionné.


"Fatigué de cette boucherie permanente"


Aujourd'hui, le cinéaste s'avoue déçu des jeux vidéo, trop répétitifs. "Les jeux sont de plus en plus incroyables visuellement, mais de moins en moins intelligents", estime-t-il. "Au fur à mesure, ils ont augmenté les seins de Lara Croft [l'héroïne du jeu Tomb Raider, NDLR] et diminué la complexité."
"Aujourd'hui, je suis fatigué de cette boucherie permanente. Pourquoi les jeux vidéo sont-ils fait de 99% de massacres ?", s'interroge Mathieu Kassovitz. "J'en ai marre de jouer à des jeux qui sont les mêmes les uns après les autres..." Le jeu vidéo doit enfin prendre les gens au sérieux. "J'en ai marre que l'on me vende 70 euros la suite d'un jeu où il y a juste 3 niveaux de plus. Les joueurs ont besoin de substance, que ça apporte réellement quelque chose."
Il en appelle ainsi aux créateurs pour renouveler le challenge intellectuel, à introduire de nouveaux sentiments.


"Le renouveau du cinéma"


Pour Mathieu Kassovitz, le salut du jeux vidéo passera par le cinéma, et vice versa. "Ca fait 5 ou 6 ans que je veux m'intégrer au jeu vidéo pour créer une convergence entre cinéma et jeu." Pour l'instant, il attend juste "la bonne idée".
"Le cinéma se meurt et le relief tente de le sauver. Je pense que le jeu vidéo est le renouveau du cinéma, que l'avenir du cinéma passe par les consoles avec un cinéma devenu interactif", avance-t-il.
Le geek Mathieu Kassovitz se prend alors à rêver d'un "film où le spectateur/joueur pourrait se promener, où l'ordinateur comprendrait les actions et les émotions des gens pour faire évoluer l'histoire..." D'un point de vue créatif, "ça casse toutes les restrictions qu'impose le cinéma, on pourrait entrer dans des trucs totalement délirants !", dit-il enthousiaste.
Le réalisateur affiche une volonté claire de mélanger les deux univers pour inventer un nouveau média. "On peut raconter une histoire en jeu vidéo comme au cinéma, mais on peut aussi jouer avec un film", explique-t-il. Ainsi, les comédiens tourneraient les scènes de dialogues et le jeu vidéo prendrait le relais pour les scènes d'actions. "Ca réduirait d'autant les coûts de fabrication d'un film", fait-il valoir.
"La limite entre cinéma et jeu vidéo tend à s'effacer", note Mathieu Kassovitz, citant l'exemple d'Heavy Rain, jeu présenté comme un thriller interactif où les choix du joueur influent sur le déroulement (et la fin) de l'histoire.
Interrogé sur ce qui retient les réalisateurs, le cinéaste estime que "le problème est plus chez ceux qui financent que chez les créateurs". "Le cinéma se répète... Mais là, on a un domaine complètement nouveau qui s'ouvre à nous", lance-t-il. "Mélanger l'action du jeu vidéo avec l'émotion du cinéma serait une expérience vraiment intense !"


"Le jeu vidéo peut être considéré comme un art majeur"


Le jeu vidéo comme un nouvel art ? Assurément, pour Mathieu Kassovitz, à condition qu'il soit "travaillé de manière intelligente". "Je ne pense pas qu'un jeu comme Call of Duty [jeu de guerre] soit de l'art. Mais un Ico [jeu d'aventure onirique], assurément."
Le cinéaste note la même différence au cinéma : "Seven de David Fincher, avec quelque chose de visuellement nouveau, c'est de l'art. La même histoire dans Derrick, ce n'en est pas".
L'important, "c'est l'attention qui est portée à l'œuvre, l'art injecté dans celle-ci". Un jeu comme Heavy Rain compte pas moins de 2.000 pages de scénario, "c'est énorme !". "Moi pour faire un film, c'est 120 pages maximum...", explique Mathieu Kassovitz.
Alors oui, "le jeu vidéo peut être considéré comme un art majeur s'il est aussi élaboré. A nous créateurs d'en faire un art. Si on le laisse entre les mains des producteurs, des financiers, le jeu vidéo ne restera qu'un jeu de baston, qu'un jouet". L'appel est lancé.


Boris Manenti - 30.01.10
Source : nouvelobs.com

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Vince229 25/02/2010 23:45


J'espère que Kassovitz persévèrera dans cette voie et trouvera "la bonne idée" pour créer son propre jeu vidéo. Je suis curieux de voir ce que ça donnerait.


Gandjonabar 25/02/2010 18:29


Je suis ravi de voir que le débat sur la l'évolution du jeu ait été placé sous les "spotlights" grace à la PlayStation !!! Franchement je comprends vraiment aujourd'hui pourquoi je suis fan de ces
consoles et de cette facon de concevoir le jeu.